# Un étranger à Shanghai peut-il voler de ses propres ailes ? Le mythe du partenaire chinois obligatoire Bonjour à tous, je suis Maître Liu. Après plus d'une décennie chez Jiaxi Fiscal à accompagner les entreprises étrangères dans leur implantation en Chine, et avec 14 ans d'expérience terrain dans les méandres des procédures d'enregistrement, une question revient sans cesse, comme un leitmotiv anxiogène : « Pour créer ma société à Shanghai, suis-je obligé de trouver un partenaire chinois ? ». Cette interrogation, souvent teintée d'appréhension, est légitime. Elle plonge ses racines dans l'ancienne image d'une Chine fermée, où les joint-ventures étaient la norme. Aujourd'hui, le paysage a radicalement changé, mais les idées reçues, elles, ont la vie dure. Cet article se propose de démêler le vrai du faux, en s'appuyant sur la réalité du terrain et l'évolution réglementaire. Nous allons explorer cette question sous plusieurs angles, car la réponse n'est pas un simple « oui » ou « non » ; elle dépend de votre projet, de votre secteur, et de votre stratégie. Préparez-vous à découvrir que, dans la majorité des cas, l'entrepreneur étranger a aujourd'hui les coudées bien plus franches qu'il ne l'imagine.

Évolution Réglementaire

Pour bien comprendre la situation actuelle, un petit retour en arrière s'impose. Il y a encore une vingtaine d'années, le paysage pour les investisseurs étrangers en Chine était tout autre. La réglementation, matérialisée par le « Catalogue pour l'Encouragement des Industries Étrangères », imposait effectivement des joint-ventures (coentreprises) pour une grande partie des activités. L'idée était alors de favoriser les transferts de technologie et de savoir-faire. L'entrée de la Chine à l'OMC en 2001 a été un tournant décisif, amorçant une libéralisation progressive. Les réformes se sont accélérées, notamment avec la nouvelle Loi sur les Investissements Étrangers entrée en vigueur en 2020. Cette loi a instauré le principe du « traitement national avant l'entrée », sauf pour les secteurs figurant sur des listes négatives. Concrètement, cela signifie que pour la grande majorité des domaines d'activité, un étranger peut désormais créer une entreprise à capitaux entièrement étrangers (une WFOE - Wholly Foreign-Owned Enterprise) sans avoir besoin d'un partenaire local. C'est une révolution silencieuse mais profonde. Comme je le dis souvent à mes clients, on est passé d'une logique de « tout est interdit sauf ce qui est autorisé » à une logique de « tout est autorisé sauf ce qui est explicitement restreint ». La différence est colossale pour l'investisseur.

Cette évolution n'a pas été linéaire. Je me souviens d'un client, Pierre, qui voulait créer une société de conseil en design industriel à Shanghai en 2010. À l'époque, son secteur n'était pas clairement défini et les autorités locales, par prudence, lui suggéraient fortement une joint-venture. Nous avons dû négocier longuement, présentant des précédents et des interprétations réglementaires, pour finalement obtenir l'approbation d'une WFOE. Aujourd'hui, ce même dossier serait traité en quelques semaines sans la moindre hésitation. Cette libéralisation reflète la confiance accrue de la Chine dans son économie et son désir d'attirer des investissements de qualité, pas seulement des capitaux, mais aussi des talents et des innovations. Il faut cependant rester vigilant, car le cadre légal, bien que stabilisé, continue d'évoluer. Suivre ces évolutions est justement le cœur de notre métier chez Jiaxi Fiscal : anticiper les changements pour guider nos clients sur le chemin le plus sûr et le plus efficace.

Liste Négative : La Clé

Alors, où se niche l'obligation potentielle d'un partenaire chinois ? La réponse tient en deux mots : la Liste Négative. C'est l'outil de régulation central. Cette liste, régulièrement mise à jour (généralement annuellement), énumère les secteurs où des restrictions ou interdictions s'appliquent aux investisseurs étrangers. Elle est divisée en deux parties : les secteurs « interdits » (où l'investissement étranger est tout simplement proscrit) et les sectoires « restreints ». C'est dans cette dernière catégorie que l'on trouve les activités pour lesquelles la présence d'un partenaire chinois peut être exigée. Par exemple, pendant des années, les services de valeur ajoutée en télécommunications imposaient une joint-venture avec un partenaire chinois majoritaire. Les restrictions ont été assouplies, mais certaines subsistent. Un autre cas classique était l'éducation obligatoire (enseignement primaire et secondaire), qui nécessitait une coopération avec une entité chinoise.

La lecture de cette liste demande une certaine expertise. Les intitulés peuvent être généraux et leur interprétation par les bureaux du commerce locaux (qui sont les autorités d'approbation) peut varier. Prenons un cas concret que j'ai traité l'année dernière. Un client souhaitait créer une plateforme en ligne de diffusion de contenus culturels. Son activité touchait à la fois aux « services d'information sur Internet » et à la « culture ». Selon la version de la liste en vigueur, les restrictions n'étaient pas les mêmes. Après analyse, nous avons structuré le champ d'activité de la société de manière à se positionner clairement dans une catégorie moins restrictive, lui évitant ainsi l'obligation de chercher un partenaire. C'est là tout l'enjeu : une définition précise et stratégique des activités commerciales dans le dossier de demande. Une erreur ou une approximation peut entraîner des délais considérables ou une obligation non nécessaire.

Avantages de la WFOE

Si votre activité n'est pas sur la Liste Négative, opter pour une WFOE (Entreprise à Capitaux Étrangers) présente des avantages considérables. Le premier, et le plus évident, est le contrôle intégral. Vous détenez 100% du capital, vous prenez toutes les décisions stratégiques, opérationnelles et financières sans avoir à consulter ou à obtenir l'accord d'un partenaire local. Cela simplifie énormément la gouvernance et évite les conflits potentiels sur la vision ou la répartition des bénéfices. La protection de la propriété intellectuelle est également plus straightforward. Vous n'avez pas à partager vos technologies, savoir-faire ou marques avec une entité locale, ce qui réduit les risques de fuite ou d'appropriation.

Un étranger immatriculant une société à Shanghai doit-il obligatoirement avoir un partenaire chinois ?

Sur le plan administratif et de la flexibilité, la WFOE est aussi souvent plus simple. Les procédures de constitution, bien que rigoureuses, sont désormais bien rodées pour ce type d'entité. Les changements ultérieurs (augmentation de capital, modification du champ d'activité, etc.) sont généralement plus faciles à mettre en œuvre que dans une structure de joint-venture, où l'accord des deux parties est requis à chaque étape. D'un point de vue image et crédibilité sur le marché chinois, une WFOE est perçue comme un engagement sérieux et à long terme de l'investisseur étranger. Elle envoie un signal fort aux clients, aux fournisseurs et aux talents que vous souhaitez recruter. Je constate que pour les PME et les startups étrangères innovantes, la WFOE est devenue le véhicule de prédilection. Elle leur permet de garder l'agilité et la culture qui font leur force, tout en opérant pleinement dans l'écosystème chinois.

Quand la Joint-Venture s'impose

Malgré les avantages de la WFOE, il existe des situations où une joint-venture (JV) n'est pas une contrainte, mais un choix stratégique avisé, voire une nécessité. La première est, bien sûr, lorsque votre secteur d'activité figure sur la Liste Négative et impose une participation chinoise. Dans ce cas, ce n'est pas une option. Mais au-delà de l'obligation réglementaire, une JV peut être un formidable accélérateur. L'accès au marché et aux réseaux (guanxi) d'un partenaire local bien choisi est inestimable. Un partenaire chinois apporte une compréhension fine du marché local, des comportements des consommateurs, des canaux de distribution et des relations avec les administrations et les fournisseurs.

Je me rappelle d'une entreprise française spécialisée dans les équipements médicaux haut de gamme. Leur technologie était excellente, mais le processus d'obtention des certifications et d'intégration dans les hôpitaux publics chinois était un labyrinthe pour eux. Ils ont finalement choisi de s'associer avec un distributeur local majeur, non pas par obligation, mais par calcul. La JV créée a permis d'obtenir les certifications en un temps record et de pénétrer des réseaux hospitaliers qui leur seraient restés fermés pendant des années. Le partenaire apportait son carnet d'adresses et son expertise réglementaire ; l'investisseur étranger, sa technologie et son savoir-faire. C'était une synergie gagnante. Il faut cependant aborder une JV avec les yeux grands ouverts : un accord d'actionnairat clair, des statuts bien rédigés définissant précisément les rôles, les droits de vote et les mécanismes de résolution des conflits sont absolument critiques. Une mauvaise JV peut être bien pire que pas de présence du tout.

Réalités Pratiques à Shanghai

Shanghai, et en particulier la Zone Pilote de Libre-Échange (FTZ), se veut la vitrine de l'ouverture de la Chine. Les autorités locales y sont généralement les plus expérimentées, les plus efficaces et les plus favorables aux investissements étrangers. Dans les faits, cela se traduit par une application souvent plus souple et pragmatique des règles. La création d'une WFOE dans un secteur non restreint y est devenue une procédure administrative relativement standardisée. Les « Business Service Centers » dans les FTZ offrent des guichets uniques qui simplifient grandement les démarches. Cependant, « standardisée » ne veut pas dire « facile sans accompagnement ». Les documents requis (business plan, justificatifs de l'adresse du siège, certificats d'origine des investisseurs, etc.) doivent être préparés avec un soin extrême et dans un format conforme aux attentes des examinateurs.

Un défi pratique récurrent, même pour une WFOE, n'est pas le partenaire en capital, mais le représentant légal résident en Chine. La société doit désigner un représentant légal, qui est la personne physiquement responsable devant la loi chinoise. Cette personne doit souvent être présente lors de certaines étapes. Pour un entrepreneur étranger qui n'est pas encore installé à Shanghai, cela peut créer une complexité logistique. De plus, l'obtention des licences spécifiques après l'enregistrement de la société (comme une licence ICP pour un site web transactionnel) peut impliquer des conditions supplémentaires. L'expérience de Shanghai montre que la barrière n'est plus le « partenaire chinois obligatoire » pour la plupart, mais bien la capacité à naviguer dans un système administratif exigeant et à répondre à toutes les conditions post-création pour opérer légalement. C'est un travail de précision qui demande de la patience et une connaissance pointue des processus locaux.

Risques d'un Partenaire Imposé

Si vous êtes dans l'obligation réglementaire de trouver un partenaire, ou si vous choisissez cette voie pour des raisons stratégiques, la sélection de ce partenaire est l'étape la plus critique, et la plus risquée. Une alliance mal assortie peut mener à l'échec du projet. Le principal écueil est l'asymétrie d'objectifs et de vision à long terme. Un partenaire local peut chercher un accès rapide à une technologie pour son propre marché, sans nécessairement partager la vision internationale de l'investisseur étranger. Les conflits sur la réinvestissement des bénéfices, l'expansion géographique ou le développement de nouveaux produits sont fréquents.

J'ai été témoin de situations douloureuses où le partenaire chinois, une fois la technologie absorbée et les réseaux maîtrisés, cherchait à marginaliser l'investisseur étranger ou créait une entreprise concurrente en parallèle. Pour mitiger ces risques, une due diligence approfondie est non négociable. Il faut investiguer la réputation, la santé financière, les autres alliances et la culture d'entreprise du partenaire potentiel. Ensuite, la rédaction des documents constitutifs de la JV est primordiale. Il faut prévoir des clauses détaillées sur la gouvernance, les droits de propriété intellectuelle (entrante et sortante), les mécanismes de sortie (drag-along, tag-along, droit de préemption) et la résolution des litiges (en privilégiant souvent l'arbitrage dans un pays tiers comme Singapour). Ne rien laisser au hasard ou à la « confiance » verbale. Comme le dit un adage dans notre métier : « En Chine, ce qui est écrit compte. Ce qui n'est pas écrit n'existe pas. ».

Perspectives d'Avenir

La tendance lourde est clairement à la poursuite de la libéralisation. La Chine souhaite attirer des investissements de qualité dans les secteurs high-tech, les services modernes et l'économie verte. On peut donc s'attendre à ce que la Liste Négative continue de se réduire, secteur par secteur. La pression concurrentielle et le besoin d'innovation poussent dans ce sens. Cependant, il serait naïf de penser que toutes les barrières tomberont. Les secteurs considérés comme sensibles pour la sécurité nationale, les médias, ou certaines données, resteront probablement protégés. L'avenir pourrait aussi voir se développer des formes de coopération plus flexibles que la joint-venture capitalistique classique, comme des alliances stratégiques, des coentreprises de projet ou des accords de licence, qui offrent un engagement moins contraignant.

Pour l'investisseur étranger, la clé sera l'agilité et l'information. Il ne s'agit plus de se demander « si » on peut entrer seul, mais « comment » le faire de la manière la plus efficace et pérenne. La complexité se déplace de l'accès au marché vers la compétition sur le marché lui-même. La maîtrise des règles locales, la compréhension culturelle et la construction d'une équipe fiable sur place deviennent les véritables facteurs différenciants. À mon avis, la question du partenaire chinois obligatoire deviendra de plus en plus marginale, réservée à des niches spécifiques. Le défi pour les nouveaux arrivants sera de construire leur réussite dans un environnement mature et hyper-compétitif, où l'avantage ne viendra plus du statut d'étranger, mais de la valeur réelle apportée au marché chinois.

Conclusion

En résumé, la réponse à la question « Un étranger immatriculant une société à Shanghai doit-il obligatoirement avoir un partenaire chinois ? » est, dans la grande majorité des cas aujourd'hui, non. L'évolution réglementaire, symbolisée par la Loi sur les Investissements Étrangers de 2020 et le système de Liste Négative, a libéralisé l'accès au marché. La WFOE est devenue la forme standard pour les investisseurs étrangers dans les secteurs non restreints, leur offrant un contrôle total et une grande flexibilité. Shanghai, en particulier, incarne cette ouverture avec des procédures relativement fluides.

Cependant, cette liberté nouvelle ne signifie pas absence de règles. L'obligation d'un partenaire chinois subsiste pour les secteurs listés comme « restreints », et une joint-venture peut rester un choix stratégique judicieux pour accéder rapidement aux réseaux et au savoir-faire local. Les défis pratiques se sont déplacés vers la navigation administrative précise, le respect des régulations post-création et, le cas échéant, la sélection et la structuration minutieuse d'un partenariat. L'objectif de cet article était de démystifier une croyance persistante et de fournir une vision claire et actualisée du paysage réglementaire. Pour tout projet, une analyse au cas par cas, fondée sur le secteur d'activité précis et la stratégie commerciale, reste indispensable. L'avenir s'annonce encore plus ouvert, plaçant l'investisseur étranger face à la vraie compétition : celle du marché chinois lui-même.

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